Les lauréats du concours de Critique d’Artension 2016 sont :

Boris Marotte en catégorie ESPOIR et Prune KANTOR en catégorie CONFIRMÉ !

     

Voici les textes les plus inspirés que nous avons reçus (classés par ordre alphabétique des noms des artistes concernés) :


1 / Alione : Peintre pressionniste à la croisée du graffiti et de la bande dessinée
Par Claire Nini


Le peintre contemporain français Alione se réclame du pressionnisme : mouvement de graffitis sur toile né aux Etats Unis, dont l’un des chefs de file les plus célèbre est Jean-Michel Basquiat. Alione n’en est pas à sa première participation à la Mac Paris. Lors de sa première sélection en 2009, il présente un travail en art brut. Depuis trois ans, Alione travaille exclusivement sur une nouvelle série de peintures intitulée Lofts. Il a participé aux trois dernières éditions de la Mac Paris avec cette série qui compte aujourd’hui une trentaine de tableaux. Rencontre avec l’artiste qui nous explique l’évolution de ce travail, sa technique et ses inspirations.

Né en 1974, Alione dessine depuis son enfance. Il nous confie avoir effectué un bref passage à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris où il a suivi une spécialisation en dessin. Formation qu’il n’a pas achevée, jugeant l’enseignement trop académique.

Ces tableaux grands formats (rarement en dessous de 80x80cm) représentent des scènes d’intérieurs pouvant rappeler la série Interiors de Roy Lichtenstein. Les univers imaginés par Alione sont à la fois des lofts parisiens mais aussi des ateliers d’artistes spacieux. « Mon atelier à Chatillon fait 12m2. Je rêve de travailler dans les lofts ateliers que je peins. Ainsi, avec de grandes hauteurs sous plafond, je n’aurais pas de tracasseries pour pouvoir loger tous mes grands formats. »
« C’est Jean-Michel Basquiat qui m’a donné envie de peindre. » De nombreuses références sont dissimulées dans ses tableaux, des plus discrètes couronnes sur les bouteilles de Champagne aux toiles librement inspirées de Basquiat, figure américaine de la bombe sur toile, intégrées en hommage dans les décors d’Alione. L’artiste s’amuse à rajouter des éléments et des clins d’œil à des artistes qui l’inspirent : Jeff Koons, Gustav Klimt, Robert Combas, Pablo Picasso, Le Douanier Rousseau, Piet Mondrian, ou encore des statues d’art primitif africain. « Ce qui m’amuse c’est de créer des détails, mais je parviens désormais à maîtriser la fin des mes toiles. C’est d’ailleurs le plus dur en peinture : savoir quand s’arrêter ».

Le peintre Alione emprunte différentes techniques. Tout est d’abord dessiné au fusain, les éléments sont ainsi placés sur la toile pour être ensuite remplis soit avec de la peinture en bombe aérosol selon une technique de pochoirs, soit avec de la peinture acrylique. L’artiste réserve l’utilisation de la peinture à l’huile uniquement pour les vues panoramiques de Paris. Dans un jeu de mise en abîme et de perspective entre intérieur et extérieur, la grisaille parisienne contraste avec des intérieurs chaleureux. L’équilibre des couleurs est parfait. Malgré l’absence totale de personnages, les intérieurs d’Alione sont vivants. Quelques traces de vies humaines parsemées : des bouteilles de bières abandonnées, des cigarettes dans le cendrier, une lettre, ou encore un billet de train sur un coin de table indiquent que les lieux sont habités … Dans ces décors fictifs on observe une récurrence du végétal (des plantes investissent tous les espaces) et des natures mortes : fruits, bouteilles de vin.
« J’aime bien me définir comme un peintre pressionniste car j’utilise la technique de peinture à la bombe. Je m’inscris à la croisée de la peinture figurative, réaliste, de l’illustration, du graffiti et de la bande dessinée. Je serai très fier d’être à l’initiative d’un nouveau courant » conclut cet artiste iconoclaste.

2 / Raphaël Bouyer : En quête de l’humanité perdue
Par Prune Kantor


L’homme contemporain, en prise avec le monde qu’il dégénère, est au cœur du travail de R. Bouyer. Cet artiste de 25 ans offre à voir à MACparis des œuvres figuratives choisies parmi trois séries de toiles réalisées entre 2015 et 2016.
A la fois témoin et acteur de notre époque, le jeune peintre au visage grave, au regard profond, dit s’être « souvent senti différent, parfois incompris ».
Très tôt conscient de sa singularité, étranger au moule proposé par la faculté d’Arts plastiques mais fort d’une initiation à la peinture puis au dessin dès l’âge de 16 ans, Raphaël a choisi de se retirer des institutions pour tracer son propre sillage. Un véritable engagement !
D’une fulgurance inouïe, son travail s’enracine alors dans un constat sans concession, nourri de son expérience personnelle authentique, terreau de vitalité.

Ironie, tendresse, distance, autant de registres dans lesquels Raphaël met en scène des personnages, symboles de « l’individu séparé de sa matrice ». « J’aime bien promener mes personnages de situation en situation… » confie-t-il. La série ordinary lives, les montre affublés de camisoles et de masques de protection anti-nucléaire, conditionnés « jusqu’au ridicule ». Dans les toiles No loving et No drinking, les voilà empêchés de humer le parfum de la rose, de goûter le vin. Ailleurs, méditant sur fond de chaos ou sauvant « l’agneau christique » de la catastrophe, ce sont des « prisonniers, enfermés dans leurs erreurs, ils cherchent la rédemption ». Dans des portraits en buste ou des cadrages serrés, leur présence masquée, impuissante, éclate à la surface de la toile en peu de couleurs acidulées, percutantes. C’est le constat, il est trop tard.

Constat que la série Dénaturation contextualise en amenant naturellement le regardeur à accompagner les personnages vers la contemplation désolée d’une société en perdition. Devenus silhouettes anonymes à la facture froide, les personnages errent avec « désinvolture et noirceur », contrastant avec les paysages viciés aux couleurs surnaturelles du monde qu’ils génèrent. Etrangement, ces espaces à la quiétude irréelle s’évanouissent dans une brume entre rose et mauve, parfois presque diaphane, extrêmement captivante. L’œil du spectateur, à son tour séduit, se laisse envoûter par la beauté douce mais ô combien nocive de la pollution atmosphérique. Délicieuse et insidieuse mise en abyme. La touche picturale recouvre avec légèreté jusqu’à l’effacement le décor dont ne subsiste qu’une évocation de plus en plus incertaine qui s’abîme en filigrane dans la brume moite et nébuleuse de la peinture.

Puis viennent Les divergents. Dépouillés de leurs carapaces, plus proches de nous, ils semblent arrêtés dans le temps fixe de l’image, solitaires. Leurs postures insolites témoignent de leur retrait de la société. Ici prostré, là debout, immobile, les yeux tournés vers les cieux, « ils appellent une quête de sens ». La peinture affirme la séparation entre deux mondes : des paysages urbains dont les couleurs vaporeuses peu à peu se glacent alors qu’un graphisme subtil en émerge, les divergents à la facture nette, quasi photographique. Ils commencent à dévoiler un profil, une bribe d’identité. On les devine asiatiques, venus de « Chine, entre modernité et tradition ».

Non loin d’une nouvelle objectivité ou d’une figuration narrative réappropriées, l’aspect politique en moins, le travail de Raphaël sonne de façon singulière comme la construction d’une épopée dérisoire, un regard humaniste posé sur « l’homme confronté à son humanité perdue ». En intime résonance avec les quêtes existentielles de notre temps, Raphaël nous parle de lui, de nous, par l’intermédiaire de ses personnages qu’il dépouille au fil de ses séries. Métaphysique de l’âme.

3 / Christophe Faso
Par Boris Marotte


Le papier blanc, Christophe Faso l’entaille à grand coup d’encre noire ! Apparaissent alors, non pas de délicates lignes, mais des silhouettes toute entière, ponctuées de rouge, de jaune, de bleu. Trois couleurs que l’artiste dépose en aplat et avec lesquelles il crée, à l’envie, une danse aussi sensuelle qu’inquiétante.

Les estafilades encore vibrantes agencent l’espace, le délimitent et laissent transparaître le geste de l’artiste. L’intuition guide le pinceau. Christophe Faso lui en a donnée l’autorisation. Après tout, il a déjà son idée en tête, il a aussi à l’esprit ses croquis, répertoire de poses tirées du quotidien qu’il décline, adapte et refaçonne si nécessaire. Il lui arrive de s’enticher de certaines d’entre-elles. Ses favorites. Celles qui attisent sa créativité. Elles résonnent à travers son travail et se rient du temps. Ainsi on redécouvre au gré de ses peintures certains profils. Ces ombres sont des bribes de personnages. Rarement employées seules, elles fusionnent et cohabitent au sein d’une même image, acceptant volontiers la compagnie de mains disproportionnées. Les nez deviennent becs, les mains deviennent ailes, les personnages s’envolent.

Leur multitude est visible dans la toute récente Amis, nous venons en amis. Leur caractère métamorphe quant à lui s’esquisse dans French cancan et atteint un stade nouveau avec Les vivants. Ici, silhouette et épaule s’entremêlent. Émerge alors une figure siamoise particulièrement troublante qui nous suggère un personnage double par la forme et par l’esprit. On l’imagine à la fois lui-même et « autre », partagé entre deux polarités. Puisque l’actualité parfois cruelle l’oblige à poser sur l’homme un regard interloqué, Christophe Faso le questionne. Les titres agissent de concert avec la poétique violente des œuvres et révèlent l’ambiguïté de l’être humain, sa capacité du meilleur comme du pire. Le rouge n’est plus simplement la couleur de l’amour mais aussi celle du sang, le bleu n’évoque plus le calme de l'azur mais la sinistre puissance de la mer, le jaune altère le blanc du papier tandis que les traits noirs l’écorche.

Pourtant, on décèle par ailleurs de l’espoir. Les images du peintre conservent une fragilité. Est-ce par empathie ? Très certainement. Il n’en va pas autrement lorsqu’on contemple l’empreinte, même d’un autre, qui témoigne d’une histoire passée. Il suffit de prêter attention à ces sombres visages pour croiser leur regard. Soudain, ils s’humanisent. L’ectoplasme tenant un crâne de Sea of love se transforme en mère portant son enfant, elle est désormais vêtue d’un long manteau bleu qu’une main protectrice presse contre son corps. L’artiste puise dans ce que lui offrent les médias, il ne s’y cantonne pas. Les évènements du quotidien, observés ou vécus, font partie de ses sources d’inspiration. L’art permet de les condenser et de rêver des créatures androgynes, peut-être plus aptes à traduire les paradoxes qui nous hantent.

4 / Laïna Hadengue : Hyperréalisme onirique mais irréel
Par Emma Nübel


Hyperréalistes et pourtant irréelles, les peintures à l’huile de l’artiste autodidacte Laïna Hadengue oscillent sous nos yeux. Vibrantes sous cette lumière tamisée apaisante et pourtant angoissante, ces réalisations nous interpellent. Les couleurs, souvent dans des teintes douces bleutées et violettes ou bien vives comme un rose bonbon, nous attirent vers l’impression d’un univers sans temps ou espace définis. Hors de notre monde et surréalistes, ces personnages au regard vide questionnent la société mais surtout notre propre être. Observant fébrilement ce qui les entoure c’est surtout eux-mêmes qu’ils inspectent, triturant leur inconscient pour mieux faire connaissance avec lui. De spectateur nous devenons « regardeur » actif, créateur de nos propres projections sur notre vie personnelle. Le temps qui passe sans relâche, la mort, la liberté, la perte de l’autre, les enjeux planétaires ou encore les changements climatiques. Tous ces thèmes volètent autour de nous de façon omniprésente et inquiétante. Piégés dans cet espace-temps inexistant ces personnages des « Portraits insolites » nous regardent fixement et de façon vide tout en parvenant à s’immiscer au fond de nous, au fond de nos craintes, au fond de notre inconscient. Ce monde surréaliste n’est-il pas que la projection mentale d’un inconscient qui refait surface ? Suspendu dans cet univers par l’action de peindre, ils renvoient à notre propre immobilité à contempler ces tableaux inquisiteurs et perturbants. Une fille assise sur son lit, téléphone dans les mains, regarde l’arrivée sûrement inattendue de Pikachu dans « l’Annonciation » ; un couple est assis dos à dos, plus attentif à leur téléphone qu’à la Tour Eiffel qui se brise en arrière-plan dans « L’air du temps » ou encore une femme âgée est assise seule sur le rebord de son lit à regarder deux perruches dans « L’impasse, l’autre reste ». Questionnant notre société, notre rapport à l’autre ou encore à la mort, ils nous rappellent notre finitude. Tout passe sans s’arrêter, le flux du temps s’écoule sans retour en arrière. L’oppression ressentie face aux tableaux n’est due qu’à notre propre prise de conscience de notre vanité, de notre faiblesse. Les couleurs sont joyeuses, contrastant gaiement avec des thèmes plus moroses. Comme un rêve qui aurait mal tourné, de ces peintures remplies de poésie jaillit inopinément l’inconscient refoulé, celui qui n’accepte pas l’idée de sa propre mortalité. Insolites pour mieux imprégner notre prise de conscience, ces personnages hyperréalistes mettent mal à l’aise. On s’identifie indubitablement à leurs actions, à leur essence mais nous ne voulons pas être ces humains tels des moutons esclaves de leurs téléphones, non conscients de ce qui se passe autour d’eux comme dans « Après moi le déluge ». L’envie d’une fuite en avant se matérialise par la présence d’un damier au sol dans certaines peintures. Pourtant on ne peut échapper au temps qui passe, à la mouvance inéluctable de ce flux ininterrompu. Ainsi, les toiles de Laïna Hadengue deviennent comme un rappel à l’ordre de toutes ces questions omniprésentes qui resurgissent à certains moments de notre vie.

5 / Marc Héliès : Frappé par la technique de dessin
Par Nicolas Desmarchelier


"Un œil voit, l'autre sent"- Paul Klee
Sur cette série d'œuvres exposées, chacune comporte un dessin très technique qui semble avoir été réalisé d'un seul trait de stylo bille. C'est la première chose qui frappe chez cet artiste, une technique de dessin incontestable.
Le bleu et le noir accentuent la variation des nuances et viennent appuyer les contours pour définir parfaitement les formes.
C'est une entrée dans l’œuvre sans compromis qui nous plonge dans ce royaume fantastique.
L’œil continue son chemin pour s’aventurer vers une partie plus sombre, repoussante qui semble d’emblée menaçante. Une composition de technique mixte avec dominante de peinture acrylique réalisée sans technique, de l'art Brut beaucoup plus porté sur l'émotion que la prouesse technique.
La force primale de cet art représentant des crânes humains ou d'animaux provoque cette sensation de peur, de danger, très vite atténuée par le pouvoir apaisant d'un être parfaitement réalisé.
Le pouvoir rassurant de ces lignes vient combattre la noirceur de ce monde en opposition. Le concret dans le désordonné qui rassure les esprits. Des fleurs, des insectes, des chevaliers et anges forment le contrepoids d'un message mortuaire puissant, comme pour atténuer ou vaincre la violence de la mort.
Au-delà, les deux antagonistes se touchent, s'observent, s'entremêlent, se mélangent pour n’en former qu'un. Cette opposition interne, n’empêche pas les adversaires de former une seule et unique œuvre, cohérente et puissante.
A la manière d’un témoin paralysé qui assiste impuissant à cette bataille funeste. Lointain mais si proche de cette lutte, l’arrière-plan innocent observe et témoigne. A Travers une esthétique soignée, sans superflu, ce fond vierge n'attirent pas l'attention inutilement et appuient l'impact de l'œuvre dès la première seconde.
Au service de cette opposition symbiotique, il laisse place à une expression totale des sujets.

Originaire de Toulon, Marc Héliès travaille et vit à Paris. Il a participé à plusieurs expositions personnelles et collectives depuis 1989.
Au même titre que Bosch, Cézanne, ou Dali avant lui, Marc Héliès s’emploie à réactualiser l’épisode biblique de la dernière tentation de Saint-Antoine, icône chrétienne qui s’échine à résister aux tentations du Diable, lesquelles se matérialisent sous la forme de visions des voluptés terrestres.

« Cette série commencée en 2011 est toujours en cours. Elle fait suite aux deux séries sur "La tentation de Saint Antoine". C'est la version expurgée du texte, elle laisse une grande place à l'onirisme, elle représente la lutte entre l'expressionnisme spontané des visages esquissés et le presque hyperréalisme, très long à réaliser, des bêtes, le tout arbitré par l'omniprésence du blanc qui vient régir la composition » explique l'artiste à propos de celle-ci, cohabitant avec une autre partie de la série Ecce Omo (2015).
Les thèmes abordés se rapprochent invariablement de la mort, et pourtant la vitalité du coup de stylo de l’artiste réanime ces êtres dénués de vie.

Cela m'amène à un bref aparté sur le dessin qui me semble incontournable. L'ensemble des artistes contemporains bénéficient aujourd'hui des avancées technologiques telles que la vidéo ou la photographie et cette facilité d'accès aux nouveaux médias a pu les amenés directement à la peinture sans pour autant avoir abordé le dessin à l'état pur.
C'est en ce sens que la technique de dessin à tendance à être délaissée dans l'écosystème de l'art contemporain, elle apporte pourtant énormément quand elle est soigneusement maitrisée.
La découverte d'un artiste au cours d’une foire d’art contemporain.
Ces lieux qui semblent inaccessibles et insolites, loin des musées où l'art y est présenté sans son créateur et sans valeur monétaire affichée -toujours décontenancé par ce rapport à l'art et l'argent.
Grâce aux travaux d'artistes comme Marc Héliès et d'autres, ces foires retrouvent un véritable intérêt pour les amateurs d'art qui ne souhaitent pas uniquement décorer leur joli salon.
Incontournables, elles font partie du long chemin de traverse d'un artiste qui souhaite vivre de son art.

6 / Arnaud Sabot
Par Sandrine Mirland


C’est un sentiment de calme qui nous envahit lorsque nous nous « arrêtons » dans l’espace d’exposition du photographe expérimental Arnaud Sabot. Comme un temps suspendu qui nous invite à regarder les œuvres, nous sommes happés à notre insu par ces espaces. Et à travers eux, nous voyageons.
Car ce ne sont pas de simples paysages. Les couleurs nous enveloppent, les contrastes nous évadent et la sensibilité qui émane des photos nous touche. Elles nous parlent, nous racontent une histoire. Et ce que nous pourrions prendre pour des souvenirs de voyages nous ouvrent étonnamment les portes de notre imaginaire.
C’est ce voyage de l’esprit que réussit merveilleusement l’artiste. Il nous transporte à travers son regard dans notre propre bulle. Et cette projection dans nos rêves se réalise en douceur, lentement et avec toute la sensibilité qui le caractérise.
Dans l’exposition photo Chile, il nous plonge dans de vastes étendues. Elles l’ont appelé, l’ont invité à respirer, à se vider et à se connecter à la nature et aux autres.
Dans l’œuvre El camino, de la série Desert, le photographe nous invite à dépasser l’hostilité du lieu pour en dévoiler le sens. La chaleur écrasante, les cactus desséchés et le sol aride sont les écrins des messages que nous y trouvons. Les méandres du chemin nous rappellent-ils que les aléas de la vie allongent le tracé mais n’en détruisent pas la beauté ? Est-ce le mirage du cube bleu qui nous inspire ? Que pouvons-nous y trouver ?
A travers le paysage révélé, les ajouts de l’artiste en renforcent la composition, apportent le souffle qui nous mène vers une direction et autorisent le rêve.
Tout se répond. Comme la force brute du poteau vertical dans l’œuvre Pilori et la fragilité suggérée par la plage en arrière-plan. Sur cette photo, le pilori auréolé d’un fil de barbelé dégage une telle force, qu’il nous attire. Certains y retrouveront des références à la Passion du Christ, d’autres à une privation de liberté. Mais cette symbolique de l’emprisonnement créée par l’élément métallique se comprend au regard de la forme ajoutée qui fait écho. Notre imaginaire y voit un avion et pour nous toute la composition fait sens. L’histoire prend vie : l’oppression, la révolte, l’évasion. Nous nous projetons dans nos films, la musique s’élève… et le rêve naît.
Les œuvres exposées dévoilent l’aboutissement d’un processus créatif long et apprivoisé : la rencontre avec un lieu et la capture de sa quintessence et de la sensation vécue ; l’oubli volontaire de la photo pour n’en retrouver après plusieurs années que l’émotion pure ; le travail de manipulation extrême du négatif ; et enfin le travail sur l’image pour en magnifier la cohérence.
Arnaud Sabot est un artiste qui prend le temps, qui expérimente. C’est ce travail et cette maturation qui participent pleinement à la force et à la douceur des émotions qui jaillissent ou s’insinuent dans ses photos.
Nous avons rencontré un alchimiste sensible qui à travers ses œuvres nous guide et nous autorise à voyager dans notre imaginaire et dans nos mondes intérieurs pour notre plus grand plaisir.

 

À propos de Françoise MONNIN

Rédactrice en chef du magazine ARTENSION
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