Jingdezhen : Une île de modernité. Un texte de Ileana Cornea


 

Si vos pas vous amènent en Chine, allez à Jingdezhen, (province de Jiangxi). Depuis son passé royal, cette ville est toujours la capitale mondiale de la porcelaine. Elle est située près du mont Gaoling d’où provient le nom même de sa matière première, le kaolin. Depuis à peine quatre mois, elle a donnée naissance à un village d’art, Taoxichuan.

Les traces de l’histoire

Tenue secrète pendant 300 ans, la recette de la porcelaine est dévoilée aux Occidentaux au XVIIIème siècle. Le père d’Entrecolles, un jésuite français se rend sur les lieux, écrit deux lettres célèbres sur la fabrication de la porcelaine. Il obtient la confiance de l’empereur qui lui permet de ramener des échantillons de cette argile blanche magique. En 1768, la découverte des gisements de kaolin à Saint-Yriex-la-Perche (Haute-Vienne) fera la fortune de la porcelaine de Limoges. La complicité entre Limoge et Jingdezhen reste d’actualité.

Une ville

Sur les avenues modernes ou dans les ruelles défoncées de cette ville, la vie ! Tous les jours les 1,5 millions d’habitants vaguent à leurs affaires, dans la poussière, et le brouhaha. Sur le trottoir, un coiffeur ambulant s’occupe de l’image de son client. Tels une invasion d’insectes mécaniques, des myriades de petits scooters à ombrelle circulent entre voitures et camions, sans se soucier le moins du monde du code de la route. Dans les anciens quartiers, en bas des immeubles modernes immenses, partout, depuis les tuiles des toits, en passant par des pans de murs, par les poteaux des réverbères et jusqu’aux plus humbles ordures juchant le sol avec les débris d’assiette cassées, la céramique ! Des cheminés sans fin témoignent de l’identité à part de cette ville.

Une île de modernité

Dans son ventre, protégé par des barrières et des gardiens scrupuleux, le village Taoxichuan s’étend sur une superficie de 67 ha.
Les fours des manufactures de porcelaine en fonction entre 1958-1995 sont aujourd’hui éteints. Le temps a figé leurs hautes cheminées en brique rouge dans une beauté étrange comme dans les paysages métaphysiques de Giorgio de Chirico. Les affaires prennent le dessus.

« Art, design et vie » sont les maîtres mots de Mr Xiao Hong Hua l’enfant du pays et l’un des acteurs contribuant à la réalisation d’un projet audacieux.
Lancé en 2013 avec l’aide de la mairie et du gouvernement, Taoxichuan représente la matérialisation de l’ouverture culturelle de la Chine tournée vers la modernité.
Une centaine d’ateliers et de boutiques sont en pleine activité. Les artisans continuent à produire des pièces dans l’esprit de la tradition. Les artistes innovent. La porcelaine domine mais une belle place est réservée à l’art contemporain : Photographie, design, sculpture et la peinture.
Le 18 octobre dernier, le Centre d’Art ouvre ses portes avec une exposition dédiée à la route de la soie. Le Musée de l’Histoire de la Porcelaine abrite quelques fours impressionnants du début du XXème siècle et rend hommage aux artisans locaux avec une émouvante œuvre monumentale qui réunit des dizaines de photos à leurs effigies, rappelant les oeuvres de mémoire de Christian Boltanski. Des ateliers refaits à neuf accueillent désormais des artistes du monde entier se passent le mot. Des restaurants, des cafés, des boutiques, et un hôtel moderne agrémentent cette vie protégée comme une promesse en devenir pour ses nouveaux occupants.

Un pari à prendre

Tous les samedis les étudiants de l’Université de céramique de Jingdezhen exposent leurs produits sur le marché de la ville. Les meilleurs sont sélectionnés obtenant un atelier à partager à plusieurs mais gratuitement et pendant trois mois. S’ils arrivent à créer leur propre marque et bien vendre, ils demeurent en payant un loyer.

Sortir des limites imposées par la tradition

Sortir des limites imposées par la tradition c’est le voeux le plus cher de la majorité des étudiants Chinois de l’Université de céramique de Jingdezhen. Nous l’avons constaté sur le vif, lors de la conférence de l’artiste française Sophie Sainrapt (Au Centre d’Art de Tauxichuan) laquelle, dans sa série hommage à Gérôme Boche, à la stupeur générale, laisse sortir les traces de crayon sur ses œuvres en céramique.
L’ambition de Mr Xiao Hong Hua est de libérer la céramique de l’artisanat pour la hausser au titre de matériau apte à servir les arts plastiques. Quelques pointures internationales le prouvent d’une manière magistrale comme l’artiste Thaïlandais Vasan Sitthiket, l’Australien Steven Bern, le Danois Lars Calmer ou le designer Suisse François Ruegg qui ont laissé des œuvres à « l’International Studio » où ils ont travaillé.

 

À propos de Françoise MONNIN

Rédactrice en chef du magazine ARTENSION
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